
La Journée internationale des journalistes est célébrée aujourd’hui, alors que le journaliste mauritanien vit encore les mêmes conditions difficiles qu’il combat depuis la naissance de l’État mauritanien. Un grand espoir se dessine toutefois à l’horizon avec la nouvelle orientation dont les contours commencent à apparaître, après des décennies de lutte, de résistance et de sacrifices considérables consentis par les différentes générations de journalistes du pays.
Le Syndicat des journalistes mauritaniens adresse ses plus sincères félicitations à tous les hommes et femmes, aînés et jeunes, de cette profession exigeante en Mauritanie. Il leur souhaite santé, bonheur, davantage de réussite et de patience dans les rôles héroïques qu’ils remplissent au service de la patrie et du citoyen.
Le Syndicat saisit également cette occasion pour rappeler les graves défis que la pandémie de coronavirus impose aux journalistes en Mauritanie et ses effets négatifs sur les entreprises de presse, tout particulièrement celles du secteur privé. Cette situation exige que le gouvernement mauritanien agisse rapidement pour éviter l’effondrement du secteur, lui apporte un soutien matériel et moral et aide les entreprises de presse indépendantes qui ont joué un rôle essentiel dans la lutte contre la pandémie et la sensibilisation à ses dangers, sans bénéficier d’aucune forme de soutien.
Le Syndicat souligne que la situation du journaliste mauritanien, dans les secteurs public et privé, demeure inchangée malgré les appels répétés qu’il lance depuis sa création jusqu’à aujourd’hui.
L’absence de contrats de travail et la faiblesse des salaires accentuent la dégradation des entreprises de médias et entravent leur développement.
Nous appelons à améliorer les conditions des jeunes journalistes au sein des entreprises de presse, à mettre fin à leur exploitation par certains médias publics et privés et à leur accorder tous leurs droits. Les difficultés des journalistes mauritaniens ont été aggravées par le licenciement de certains salariés de médias sous prétexte des conséquences de la pandémie de Covid 19.
Le Syndicat indique également avoir recensé, au cours de l’année écoulée, de nombreux cas d’arrestation, d’agression et de confiscation de matériel visant des journalistes à Nouakchott et Nouadhibou. Il signale en outre les entraves imposées à certains médias privés, privés de couverture d’événements et d’un accès aux informations de sources officielles à égalité avec les médias publics, notamment durant la première vague de la pandémie.
Malgré les défis structurels, le Syndicat des journalistes mauritaniens affirme son soutien absolu aux mesures sérieuses engagées par les plus hautes autorités du pays pour réformer le secteur, en réponse à la lettre exposant ses revendications de réforme, remise au président de la République lors de sa rencontre avec le Bureau exécutif.
Dans ce cadre, le Syndicat salue vivement le rapport établi par la commission nationale chargée de la réforme des médias et appelle les autorités à mettre rapidement en œuvre ses recommandations, avant qu’elles ne soient emportées comme l’ont été les propositions des journées de concertation de ٢٠١٦.
Le Syndicat des journalistes mauritaniens, en sa qualité d’unique représentant légitime des journalistes mauritaniens, salue le niveau de concertation et de dialogue dont il bénéficie dans les démarches de réforme engagées par les plus hautes autorités, ainsi que l’accueil favorable qui lui est réservé au sein des différents services de l’État. Il aspire à un véritable partenariat avec le gouvernement mauritanien, les organismes de régulation et les entreprises de médias pour promouvoir les droits des journalistes, servir la profession et développer une mission médiatique indispensable à tout pays qui souhaite être respecté et devenir un modèle de démocratie.
Le Syndicat souligne que la situation actuelle des médias dans le pays ne peut perdurer. Soit le secteur évolue dans sa forme et son contenu et progresse vers l’institutionnalisation, premier critère indispensable, soit le système médiatique s’effondrera sous l’effet de conflits profondément enracinés et de groupes d’influence corrompus, présents à tous ses niveaux, qui ne veulent le bien ni du pays ni de ses habitants et se nourrissent de l’échec du secteur..
Le Syndicat affirme qu’améliorer les conditions matérielles et morales des journalistes et leur assurer une protection juridique constitue la première pierre d’un média national professionnel, qui place le service de la patrie et du citoyen au-dessus de toute autre considération. Il estime que cette évidence doit être notre point de départ commun pour réformer le journalisme et consolider l’État de droit et les libertés.
Nouakchott, le 3 mai 2021
Le Bureau exécutif du Syndicat des journalistes mauritaniens.
